« Y’a pas moyen Aya. Ici c’est Paris, pas le marché de Bamako ». Le groupe identitaire Les Natifs, très courageux — ses membres ont bien pris la peine de se cacher derrière une banderole —, a déploré le fait qu’Aya Nakamura ait été choisie pour interpréter une chanson d’Edith Piaf lors de la cérémonie d’ouverture des JO 2024 à Paris.
Une polémique qui n’est pas sans rappeler comment Black M avait été conspué en 2016. Sous la pression de l’extrême-droite, la mairie de Verdun, qui organisait des commémorations de la bataille de Verdun, avait fini par annuler le concert du rappeur. Le rappeur Youssoupha avait lui aussi été conspué par une partie de la population au moment où une de ses chansons avait été choisie pour l’Euro 2021.
Pour Aya Nakamura, la campagne de dénigrement a bel et bien commencé, et Emmanuel Macron va devoir ne pas reculer. Car ce ne sont pas seulement les groupuscules d’extrême droite qui se sont lancés dans la bataille. Un sondage indique que 63 % des Français se disent opposées à la volonté du chef de l’Etat d’entendre Aya Nakamura interpréter du Edith Piaf à la cérémonie d’ouverture des JO. Certains préfèreraient, par exemple, entendre Michel Sardou chanter qu’Aya Nakamura.
« Ces figures médiatiques à succès, racisées, sont régulièrement utilisées par la droite et l’extrême droite pour inscrire à l’agenda politique des débats réactionnaires qui dépassent largement les points de vue artistiques. Aya Nakamura n’est pas la première et ne sera certainement pas la dernière à subir ce traitement raciste et classiste de l’actualité musicale par une partie de la sphère politique et culturelle », résume la sociologue Marie Sonnette-Manouguian.
Le débat est donc lancé. Alors même qu’une reprise d’Edith Piaf par Aya Nakamura l’été prochain lors de la cérémonie d’ouverture des JO n’est qu’une simple hypothèse. Et alors même que la chanteuse apparaîtrait comme choix logique, puisqu’elle est sans aucun doute l’artiste française la plus populaire dans le monde actuellement.
On le voit dans les noms proposés par les Français dans le sondage — Vianney, Bruel, Sardou, Goldman… —, pour les personnes interrogées, mieux vaut des hommes blancs, quitte à ce qu’ils ne soient plus sur le devant de la scène, qu’une femme noire.
Même L’Obs trouve la campagne anti-Nakamura raciste, rappelant qu’« Edith Piaf, dont la grand-mère était berbère et s’appelait Aïcha, (…) c’est le Grand Remplacement ». « Après ‘l’Hymne à l’amour ‘, l’hymne à la haine », peut-on encore lire dans le magazine.